7 choses à retenir du festival international du journalisme à Pérouse






Tous les ans se tient à Pérouse en Italie le Festival International du Journalisme. Peu connu en France, il réunit des journalistes des quatre coins du monde, issus de médias prestigieux (Guardian, New York Times, BBC, RaiNews, La Stampa, AP…) ou lancés dans des projets innovants (PolitiFact, Fusion, First Look Media).
L’accent est mis depuis quelques années sur le data journalisme avec l’organisation au sein du festival d’une « School of Data Journalism » par le Centre pour le journalisme européen et l’Open Knowledge Foundation (OKFN). Ask Media y intervenait dans le cadre d’une table ronde dédiée au « Data journalism for small newsrooms » et vous a ramené 7 choses à retenir.

SUR LE DATA JOURNALISME

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1. Toujours vérifier ses données

Comme n’importe quelle autre source d’information, les données utilisées par les journalistes doivent être vérifiées et interrogées. Craig Silverman, éditeur au Poytner, a demandé leurs conseils à trois des meilleurs data journalistes : James Ball (Guardian), Tanseem Raja (Mother Jones) et Sarah Cohen (New York Times). Qui sont surtout des appels au bon sens : les colonnes et lignes de données sont-elles complètes ? S’affichent-elles toutes ou avez-vous atteint la limite des tableurs (256 colonnes uniquement pour les Google Spreadsheets) ? Y-a-t-il des changements de typo qui pourraient indiquer que les données ont été modifiées ?
Deux conseils sont à retenir en particulier :
visualisez vos données dans tous les sens possibles, pour repérer les aberrations et irrégularités ;
tenez un « data diary », pour noter toutes les modifications, opérations, vérifications que vous avez fait subir à votre jeu de données.
Vous pouvez retrouver l’ensemble de ces « tips » recensés par Craig Silverman ici . Il a également publié un livre très intéressant sur « la vérification en ligne », gratuit dans sa version numérique.

2. Enquêter selon la méthode des « chained searches »

A la tête des data journalistes de La Nacion, quotidien de référence au Costa Rica, Giannina Segnini partait plutôt avec des handicaps : le Costa Rica n’est pas vraiment un pays réputé pour sa politique d’open data.
Pourtant, son équipe a révélé plus de 50 affaires qui ont donné lieu à des poursuites judiciaires au Costa Rica, mais aussi au Royaume-Uni, en France, aux Etats-Unis.
A Pérouse, elle expliquait par exemple comment remonter la trace d’un conteneur ayant fait l’objet d’une saisie de drogue de la part de la police. Elle mettait en avant le concept de « chained searches » : recherches enchaînées. D’abord vous allez utiliser une base de données recensant les différents échanges commerciaux entre les pays pour analyser les échanges d’un produit en particulier, puis une autre sur les sociétés prenant part au commerce maritime, notamment les fournisseurs, encore une sur la fiche d’identification des ports, etc. Elle insistait sur les ressources considérables qu’offre Internet aux enquêteurs, à condition de savoir chercher : « Vous n’avez pas de besoin de passeport pour enquêter sur Internet, juste de trouver le au bon endroit. Il faut chercher : Google ne va pas tout faire pour vous. »
La liste des bases de données gratuites sur le commerce maritime présentées par Giannina Segnini est accessible ici.

3. Faire un tour du côté des plug-in

Un des ateliers de la School of Data journalism était consacré au scraping, cette technique qui permet de récupérer des données des sites Internet de manière automatique et structurée.
Annabel Church, membre de la Knight Mozilla Open News Foundation, donnait les liens suivants :
– l’extension « Clipboard to Table » sous Firefox
– les extensions « Web Scraper » et « Table Capture » sous Chrome
l’outil « Import.io » que vous pouvez télécharger et installer en local.

SUR LE JOURNALISME EN GENERAL

Danila D'Amica
Photo Danila D’Amica.

4. Twitter veut devenir un outil essentiel pour les journalistes.

L’équipe de Twitter était venue en force au festival de journalisme de Pérouse. Simon Rogers, ancien chef Data au Guardian devenu Data Editor chez eux, sa comparse Joanna Geary (responsable à Twitter UK) et Livia Iacolare de Twitter Italy.
L’atelier qu’ils ont mené, sponsorisé par Twitter, avait clairement pour but de faire la promotion de Twitter auprès des journalistes, que ce soit pour les breakings news (avec l’utilisation de TweetDeck), pour la couverture d’un événement en particulier (avec les listes dédiées), ou encore pour les données (avec l’API Twitter).

5. Fini le journalisme de flux, vive le journalisme de stock !

De retour de Pérouse, Eric Scherer décrit le besoin de journalisme de « stock » dans son billet de blog.

6. « The next big thing is trust »

Steve Herrmann, éditeur en chef de BBC News On Line, et de Eric Scherer, directeur de la prospective chez France Télévisions, intervenaient sur le rôle des télévisions publiques à l’heure du digital. Leurs discours étaient assez complémentaires.
Eric Scherer détaillait trois missions à développer pour la télévision publique :
– devenir davantage un « éditeur », un producteur de contenu, en trouvant de nouvelles formes narratives, plus sociales, plus « fun » aussi.
organiser les débats publics, en prenant des positions fortes comme France TV l’a récemment fait pour la neutralité du net et en proposant des sélections de contenu pertinents.
faire de l’enquête, car le service public a encore des ressources et qu’il faut les mettre au service de l’investigation.
Il résumait ces objectifs en une phrase : « Le prochain défi que doivent relever les médias n’est plus d’attirer l’attention. Mais d’obtenir la confiance. ».
L’intervention de Steve Herrmann était plus pragmatique, fixant 7 points vers lesquels s’orienter pour les journalistes :
1. Comprendre l’audience
2. Penser mobile
3. Etre social
4. Utiliser les données
5. Mêler davantage web et télévision
6. Investir dans la TV à la demande
7. Continuer à rendre la télévision vivante.

7. Terminée, l’excuse du « je ne comprends rien aux nouvelles techno »

La discussion consacrée à l’affaire Snowden à Pérouse était tout simplement intitulé « Merci Mr Snowden – le scoop du siècle ».
Les débats ont abordé la question des lanceurs d’alerte – cœur de cible de The Courage Foundation -, et plus largement de la protection des sources des journalistes à l’heure d’une surveillance généralisée. Le retour d’expérience de James Ball du Guardian sur sa méthode de travail sur les fichiers de la NSA pendant plus de 8 mois était spécialement intéressant. Vous pouvez en retrouver un extrait ici .
Il explique en quoi l’affaire Snowden marque une rupture :
« Policians and journalists can’t say they don’t understand technology anymore. It’s like saying they don’t understand how to write a quote. » / « Les hommes politiques et les journalistes ne peuvent plus dire qu’ils ne comprennent pas la technologie. C’est exactement comme s’ils disaient qu’ils ne savaient pas comment écrire une citation. »

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