School of Data journalism : 10 idées à retenir

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Du 24 au 27 avril, le Centre pour le journalisme européen et l’Open Knowledge Foundation (OKFN) organisait, dans le cadre du Festival international de journalisme de Pérouse, la « School of Data journalism ».
Quatre jours d’ateliers et de conférences avec les spécialistes du journalisme de données : le New York Times, le Guardian, la Mozilla Foundation News, Steve Doig, Gregor Aisch, le centre d’investigation et d’observation sur les crimes organisés et la corruption, etc. 10 idées à retenir parmi leurs interventions.

1. Les données sont partout.
Steve Doig, lauréat du Pulitzer et professeur de data journalisme à l’Université de l’Arizona a introduit son atelier « Excel pour les journalistes » en expliquant ce qu’étaient « les données » : « Les données ne sont rien de plus qu’une façon d’organiser l’information. Chaque information peut potentiellement être transformée en data ».
Il donnait l’exemple de son identité : Steve Doig, professeur, américain. Une fois ces informations ordonnées dans un tableau avec en en-tête des colonnes nom, profession, nationalité ; elles deviennent des données.

2. Le data journalisme peut concerner toutes les thématiques.
Steve Doig conseillait aux journalistes de ne pas se limiter : les questions budgétaires ou financières ne sont pas les seuls spectres pour le journalisme de données. Des sujets très locaux comme « les animaux domestiques ou la qualité de l’air » peuvent être tout aussi pertinents.
Le blog d’Arnaud Wéry, data journaliste pour l’Avenir en Belgique en est une très bonne illustration.

3. Ce n’est pas parce qu’une information est en ligne qu’il n’y a rien à en tirer.
Pas besoin d’obtenir des données exclusives pour raconter une histoire inédite : voilà la conclusion de l’un des membres de la Knight-Mozilla Open News, responsable du projet « Open Spending » qui met en ligne de nombreuses données sur les budgets et dépenses des gouvernements. Certaines séries statistiques sont publiées sans pour autant qu’elles aient été entièrement exploitées d’un point de vue journalistique.

4. L’accès aux données est un droit.
C’est l’argument principal du mouvement Open Data, popularisé dès 2006 par la campagne du Guardian « Rendez-nous les joyaux de la Couronne » : en payant des impôts, les citoyens financent la collecte des données. Ils ne doivent donc pas payer une seconde fois, en achetant une licence de réutilisation des données, pour accéder à ces informations.

5. Le data journalisme demande du temps et de l’argent, mais c’est parfois la seule façon de trouver des informations.
Aron Pilhofer, responsable du pôle interactif du New York Times citait ainsi l’exemple du projet « Government incentives », réalisé cette année par le titre américain et qui recense l’ensemble des subventions publiques attribuées par le gouvernement ou par les Etats pour les 200 plus grandes compagnies américaines. Certaines, dont Amazon, General Motors, Shell ou Microsoft ont reçu plus de cent millions de dollars.
Le projet a demandé dix mois de travail à une équipe dédiée.
L’intervention d’Aron Pilhofer rappelle la phrase de Simon Rogers, Data Editor du Guardian : « Le data journalisme c’est 80% de transpiration, 10% de bonnes idées, 10% de rendu. »

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6. « Vous n’échapperez pas au Big Data ».
Cette citation un peu biblique est celle de James Ball, qui remplace Simon Rogers à la tête du pôle data journalisme du Guardian. Il en sait quelque chose : il a travaillé pendant plusieurs semaines sur les Offshore Leaks, qui révélaient des informations sensibles sur les comptes détenus dans les paradis fiscaux. A la source, un disque dur de 2,5 millions de fichiers concernant 48 pays.

7. Tout le monde ne peut pas tout faire.
Durant la conférence sur l’état du data journalisme en 2013, les différents intervenants ont tous évoqué Nate Silver. Journaliste, bloggeur, statisticien, ce dernier s’est fait connaître du grand public lors de la dernière élection présidentielle américaine : en se basant sur des calculs statistiques complexes croisant des données de sondages et des résultats d’élections passées, il a réussi à prédire les résulats exacts pour tous les Etats.
Pour Aron Pilhofer du New York Times, la tentation est désormais grande de tous faire du Nate Silver. Mais il faut prendre des gants : « il faut très bien maîtriser les méthodes de probabilité. J’en ai suffisamment fait pour savoir que je ne devais pas m’y lancer sans la surveillance d’un adulte » ironisait-il.

8. Il faut apprendre à collaborer
C’est l’enchaînement logique des points 6 et 7 : avec l’avènement du Big Data qui demande de plus en plus de compétences spécifiques, sur des champs de plus en plus transversaux et dans une économie de plus en plus mondialisée, impossible de rester dans son coin et de tout faire tout seul. James Ball du Guardian évoquait la collaboration avec 40 autres médias lors des Offshores Leaks : « un des problèmes dans notre profession, c’est qu’il y a souvent beaucoup d’égos. Parfois, j’avais l’impression d’être avec 40 vieux chats en colère. Un conseil : essayez de rester sereins dans ces collaborations trans-médias. Résistez à la tentation de vous battre pour tout. Gardez vos forces pour ce qui vous importe vraiment. »

9. Utilisez les ressources mises à disposition.
Bonne nouvelle : dans le monde sauvage du data journalisme, vous n’êtes pas seuls. Parmi leurs missions, le Centre européen pour le journalisme et l’OKFN ont celles de promouvoir le traitement de données. Tutoriels, guides pour les outils, cours en ligne : de plus en plus de ressources permettent désormais d’appréhender le monde des données et de transformer ces séries de chiffres en informations. Parmi les sites à regarder : celui de la « School of Data » pour les bases du data journalisme, et celui du NICAR pour les data-investigations.

10. « Keep dating »
Le mot de la fin revient à James Ball, du Guardian : « continuer à faire du data, à essayer, ne pas lâcher. ».

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