(ITW) James Ball, nouveau chef du data journalisme au Guardian






Le monde du data journalisme a connu une petite révolution le 18 avril dernier : le « Data editor » emblématique du Guardian, Simon Rogers,  a annoncé son départ pour Twitter. Avec son équipe, Simon Rogers avait fait du titre britannique la référence en Europe dans le journalisme de données.

Il est remplacé par James Ball, au Guardian depuis deux ans et connu notamment pour son travail d’investigation sur les émeutes de Londres en 2011.

Ask media a rencontré James Ball à l’occasion du Festival international de journalisme à Pérouse, où il intervenait dans le cadre de la « School of Data journalism ».

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Comment êtes-vous devenu data journaliste ?
Comme beaucoup, je suis devenu data journaliste par accident. Il y a cinq ans, alors que j’étudiais le journalisme à l’Université, ma tutrice travaillait sur les forces de police au Royaume-Uni et disposait à ce titre de plusieurs séries de statistiques.
Je les ai compilées dans des tableurs excel, de manière très basique, pour faire quelques comparaisons. Nous en avons tiré des informations assez étonnantes comme des présences massives à certains endroits contre des forces assez faibles dans des villes importantes.
A cette période, on a commencé à parler de plus en plus de data journalisme dans les pays anglo-saxons. On parlait même de « computer-assisted reporting » (journalisme assisté par ordinateur). D’ailleurs, j’ai toujours trouvé ce terme stupide, comme si le journaliste ne faisait que transmettre des informations à une machine, presque vivante, qui traitait les données à sa place. Quelque que soit le terme utilisé, je me suis rendu compte que j’aimais travailler avec les données, faire des croisements, trouver des informations. C’est une manière différente de faire le métier de journaliste, c’est prenant et j’aime ça.

Comment êtes-vous arrivé au Guardian ?
A la suite de mes études, j’ai travaillé pour un magazine économique, The Grocer, spécialisé sur le secteur des supermarchés. J’ai ensuite rejoint le Bureau of Investigative Journalism, groupement de journalistes d’investigation qui publient des enquêtes dans différents médias comme la BBC. Avec eux, j’ai travaillé sur les câbles irakiens fournis par WikiLeaks. J’ai ensuite travaillé chez WikiLeaks, pas très longtemps, avant d’arriver au Guardian il y a deux ans, dans l’équipe de Simon Rogers.

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Vous êtes maintenant à la tête de cette équipe.
Combien êtes-vous et comment le travail s’organise-t-il ?
Nous sommes quatre data journalistes au Guardian, sur le Datablog mais aussi sur des projets à plus long terme. Et nous ne sommes pas les seuls à faire du data journalisme au Guardian, nous avons d’autres ressources suivant les projets. Par exemple, une carte interactive nous la faisons nous même, mais si nous avons besoin d’une plate-forme ou d’une application, nous faisons appel à nos collègues graphistes et développeurs.

Quels sont vos projets ?
Mon objectif est de développer le data journalisme au sein du Guardian, mais de le développer à la bonne place. Certains contenus doivent utiliser davantage les données, mais ce ne doit pas être systématique : on ne va pas faire des graphiques pour faire des graphiques. Il faut qu’ils racontent quelque chose, qu’ils servent l’histoire. A ce titre, travailler avec les journalistes non data est souvent un bon filtre : s’ils trouvent que le graphique, l’infographie ou l’application apporte quelque chose à leur sujet, c’est souvent que ce mode de traitement se justifie.
Je souhaite aussi renforcer l’analyse que nous faisons des données. Visualiser le taux d’évolution du chômage sur les cinq dernières années, c’est intéressant et c’est un service. Mais analyser ces données et montrer en quoi elles démentent les croyances populaires par exemple, ça c’est vraiment le travail du data journaliste. C’est ce que je veux faire : aller plus en profondeur.

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