Journalistes : préparer un brief d’infographie, ça ressemble à quoi ?






Nous réalisons chaque semaine deux pages d’infographies pour le groupe Mondadori, sur un même sujet mais sous deux formats différents. L’un pour Télé Star, l’autre pour Télé Poche. Voici un exemple daté de cet été.

TV STAR - FeuForets ok CS6

Deux profils travaillent pour concevoir ces pages : un graphiste et un journaliste.

Si le travail du graphiste est visible sur la page (agencer les blocs, maquetter les textes, sélectionner ce qu’il faut représenter, dessiner les silhouettes de pompiers, des canadairs…), celui du journaliste saute parfois moins facilement aux yeux. On nous demande souvent : « Bah oui mais si tu ne dessines pas, tu fais quoi alors ? » Corollaire : « Ah, tu écris les textes, d’accord, mais ça prend pas plus d’une demi-journée, non ? »

Pour expliquer à quoi correspond le travail d’un journaliste sur une infographie et la différence avec la rédaction d’un article dit « classique », nous avons demandé son retour d’expérience à Gaia Puliero, qui a travaillé avec nous sur cette infographie.


1/ Cerner la problématique


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La première étape concerne le choix de l’angle. Le client nous donne un thème (ici : les feux de forêts) et nous devons proposer en retour plusieurs angles potentiels. Cette étape est cruciale dans la réalisation de l’infographie : si notre sujet n’est pas assez anglé, nous avons trop de données à représenter, trop de textes et plus assez de place pour le graphisme.

« À ce stade, si je suis à l’aise dans le repérage des sources – MEDDE, EFFIS, Ministère de l’Intérieur…-, je m’interroge sur la quantité de données à retenir, ainsi que sur la méthodologie à adopter : vaut-il mieux déduire mon histoire à partir des données disponibles, ou bien en chercher sur la base d’une hypothèse d’analyse ? Le temps étant limité, après une consultation rapide des actualités, je sélectionne les bases de données à jour et je formule deux angles :
1/ faire un état des lieux : où est-on dans les feux de forêts ?
2/ se concentrer sur les ressources : quels sont les coûts/moyens déployés ? »

Le second angle sera retenu.

« Il faut réussir à bien se focaliser sur le sujet (éviter le risque de hors sujet) et vérifier rapidement les données disponibles ainsi que leur fraîcheur. Par rapport à la rédaction d’un article traditionnel, le triage des données est dès le début plus sélectif. Toute donnée retenue doit se transformer en une info évidente. »


2/ Rechercher et traiter les données


« Les principales difficultés rencontrées dans cette phase concernent :

L’actualité des données et leur cohérence globale
Je consulte la base de données européenne EFFIS, la base de données Prométhée sur les feux en région méditerranéenne – la plus affectée -, ainsi que les données du Ministère de l’Intérieur. L’extraction de données « sensibles » (exemple : l’évolution du budget national consacré à la lutte) demande un peu de temps (il fallait retrouver le dossier de presse de chaque année sur le sujet), certains formats (ex. pdf) s’avèrent peu pratiques à la consultation.

L’accès aux bases de données protégées
C’est le cas de BDIFF, une base accessible sur inscription réunissant toutes les données relatives aux incendies de forêt en France métropolitaine.

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La maîtrise de certaines bases de données
Par exemple la riche base Gaspar, où les communes françaises sont cataloguées selon la typologie de risque, la région ou département d’appartenance. Garder la tête froide et avoir une bonne prise en main des chiffres est crucial pendant ces recherches.

Par rapport à un article traditionnel, ce sont de nouveau les données qui font la différence. Pour avancer on doit se fier aux chiffres : il nous faut la donnée exacte. Il est ainsi important de ne pas s’obstiner dans une direction si les données disponibles ne collent pas. »

Une fois les données récoltées et vérifiées, le journaliste doit rédiger un brief. Un brief comprend tous les éléments rédactionnels de la future infographie : titres, chapô, légendes techniques, textes explicatifs, sources mais aussi tous les éléments nécessaires au graphiste pour réaliser l’infographie : les chiffres, les cartes, les images dont il doit s’inspirer pour dessiner le canadair, le pompier, etc.


3. L’analyse et l’interprétation des données


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« Sur la dernière ligne droite, il faut tout résumer : filtrer les données – sans omettre d’info importante -, les hiérarchiser, les « traduire » en valeurs parlantes. Par exemple 100 km² brûlés correspondent à la surface de Paris.

Dans un article classique la construction de l’histoire suit un parcours plus linéaire et progressif. La conception d’une infographie requiert de mélanger deux méthodologies de travail : celle du journaliste pour l’encadrement du sujet et sa projection, et celle du scientifique, axée sur la recherche et la vérification constante des données. »

Le style rédactionnel, du fait du format infographique qui limite volontairement la place du texte, suppose précision et concision. La rigueur et l’organisation sont également indispensables, pour éviter la perte de contenu et la reproduction d’erreurs entre les différentes versions du brief.

Une fois toutes ces étapes réalisées, la réunion de rough avec le graphiste et la création graphique à proprement parler peut commencer. Mais ça, c’est encore une autre étape.

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